Comme souvent lorsqu’on se penche sur un comportement en l’observant du point de vue de la biologie, les résultats sont incroyablement riches ! Gros plan sur le « peau-à-peau » et sa cascade d’effets bénéfiques pour toustes !

Un peu de contexte : la naissance, quelle aventure !
La naissance est décrite aujourd’hui par les pédiatres [3] comme un moment de rupture d’environnement pour le nouveau-né. Avant celle-ci les neuf mois de la grossesse offrent leur confort « all inclusive » 😉 : bébé fait sa vie dans :

  • Une bulle liquide qui amorti les sons et les contraintes physiques, le poids de son propre corps par exemple n’est pas un sujet pendant la grossesse.
  • La chaleur de maman : le bébé fait peu d’effort de thermorégulation.
  • La nourriture via le cordon arrive en continu, et le système digestif et toute sa complexité de barrière et de tri entre le dehors et le dedans (fonction immunitaire fondamentale) est au repos.
  • Mais une fois né-e, le bébé est obligé de s’adapter et de :
  • Développer son tonus musculaire : se maintenir sous son poids gravitationnel.
    o Apprendre les gestes et les contraintes physiques.
  • Réguler sa propre température corporelle à présent plongé dans un vaste courant d’air.
  • Digérer des aliments de façon discontinue et les absorber avant de pouvoir en bénéficier. Développer son microbiote, ses capacités enzymatiques etc.
  • Ventiler par ses poumons…
    Tous ces éléments d’adaptation seront stimulants lorsque bébé est mis en situation d’apprendre, mais seront stressants et peu à peu délétères si bébé est laissé dans une posture de passivité et/ou avec trop peu d’interactions humaines.

Les 1000 premiers jours ou « période critique » :
C’est une période de développement intense pour bébé tant au niveau cérébral que gestuel, postural, psychomoteur, émotionnel, immunitaire, ces diverses notes (chacune indispensable mais dépendante de ses voisines) jouent ensemble (et de mieux en mieux ensemble ou de pire en pire si isolées) dans une symphonie biologique complexe que l’on peut résumer par « l’éveil » ou « le développement ». [2 ;3]
Alors comment stimuler au mieux cet éveil ? C’est tout l’enjeu d’élever un enfant au fond : ne pas tout faire à sa place mais ne pas l’abandonner face à un « saut » évolutif trop haut pour sa capacité du moment.
En fait, j’apporte la réponse dans ma question : comment stimuler ? En stimulant, c’est-à-dire en interagissant avec bébé. Et ce par tous les sens possibles : lui parler, proche de lui pour que votre odeur l’enveloppe et qu’il vous voie, l’embrasser, le toucher bien sûr, et lui permettre de bouger par lui-même peu à peu mais dès le début.

Le toucher, un sens à ne pas négliger !
Le portage peau-à-peau (parfois nommé « méthode kangourou » est désormais un élément de conseil indispensable des équipes post natales en milieu hospitalier notamment (recommandé par l’OMS) [1]. Et ce dès la naissance, idéalement avec un premier allaitement dans la première demi-heure de vie. Plus tard la pratique régulière du peau-à-peau avec ses parents ou tout autre personne affective améliore les réponses physiologiques du bébé au stress environnemental (mesuré en termes de fréquence cardiaque, de niveau de sucre circulant, de régulation de la température, de tension posturale…).
« Les nouveau-nés en peau à peau ont une stabilité physiologique et une adaptation à la vie extra-utérine meilleures que celles des nouveau-nés surveillés en couveuse » {1]. Et leur système immunitaire fonctionne mieux ; en effet le contact peau à peau « diminue le nombre d’infections nosocomiales » en service de néonatalité. [1] Probablement parce que les bébés qui bénéficient du peau-à-peau sont plus facilement et durablement allaités (ce qui renforce leur immunité) mais aussi parce que le toucher contact prolongé humain diminue l’inflammation liée au stress et le niveau de cortisol ; enfin par échange de microbes symbiotiques de la maman/papa vers le bébé, ce qui enrichi le système immunitaire comme le fait l’allaitement.

Alors n’hésitez plus, dès que possible offrez à bébé un moment de détente contre vous !

  • Eloignez votre téléphone et mettez-le en mode « ne pas déranger » 😉
  • Installez-vous confortablement assis-e ou allongé-e, callez-vous avec des coussins afin d’être vous-même le plus détendu-e possible, afin de transmettre le moins de tension à votre bébé.
  • Vous êtes torse-nu. Bébé est nu-e si possible (ou avec sa couche ?) positionné-e à plat-ventre sur votre cœur/thorax, en prenant soin de regrouper ses jambes contre son bassin, comme une grenouille, et ses mains devant la bouche ou devant son visage, sa tête est tournée d’un côté ou enfouie de face contre votre poitrine, prenez garde à ce que sa tête ne soit pas en arrière. (c’est le « regroupement » en position foetale).
  • Enveloppez-vous d’une couverture qui évitera toute déperdition de chaleur pour bébé au niveau de son dos.
  • Respirez lentement par le nez de façon à calmer votre fréquence cardiaque (cf. cohérence cardiaque)
  • Profitez de l’instant.

Références :
[1] Pignol, J., Lochelongue, V. et Fléchelles, O. (2016) . Peau à peau : un contact crucial pour le nouveau-né. Spirale – La grande aventure de bébé, N° 80(4), 71-80. https://doi.org/10.3917/spi.080.0071.
[2] Simeoni, U. (2019) . Le développement et les 1000 premiers jours : une opportunité de prévention précoce en santé. Spirale – La grande aventure de bébé, N° 92(4), 42-44. https://doi.org/10.3917/spi.092.0042.
[3] Toubin, R., Jacquot, A. et Boulot, P. (2019) . « Posturage du nouveau-né » et pratiques innovantes autour de la naissance : un défi collectif pour le développement précoce. Périnatalité, Vol. 11(1), 14-25. https://doi.org/10.3166/rmp-2019-0044.